Je suis nulle (1/3)

Voici un extrait du monologue intérieur de Clara : « J’ai été ridicule en réunion. Quand mon chef m’a demandé mon avis, j’ai rougi, bafouillé, et sorti une phrase complètement bizarre.

En plus j’ai dit un truc qui n’avait rien à voir avec le débat. Quand j’y pense je crève de honte.

De toute façons je suis nulle au boulot. je suis toujours perdue, je ne sais jamais quoi faire, et quand je fais quelque chose c’est à moitié.

Je fais illusion parce que je sais tromper mon monde, mais cela ne durera pas éternellement. Il faut que je me réveille, que j’ai l’air plus professionnelle sinon cela va mal se terminer pour moi.

De toutes façons, je suis nulle tout court.

Je suis nulle en société: quand je pense à toutes les fois où je me suis rendue ridicule en dîners, j’ai envie de me cacher.

Je suis toujours à côté de la plaque, ce que je fais est inapproprié, ce que je dis est inapproprié.

Et je ne parle pas de ma vie amoureuse: c’est pire encore. »

Etcetera, etcetera, etcetera, cela continue comme ça toute la journée.

Clara est un exemple fictif, mais certains et certaines d’entre vous ont sans doute un refrain similaire qui leur trotte dans la tête.

Les détails de surface peuvent changer: ces attaques verbales peuvent concerner nos compétences, en particulier sociales, comme notre infortunée Clara.

Pour d’autres ce sera l’intelligence (tu es vraiment trop con), l’apparence physique (trop grosse, trop grosse), l’égoïsme, la masculinité, ou tout autre sujet en fonction des vulnérabilités de chacun. En la matière, notre créativité est sans limite.

Et partant de ce point de départ varié, pourtant, la conclusion reste la même: je suis nul. Je suis nulle.

Remarquez que la sentence est irrévocable: beaucoup de toujours et de jamais, pas de place au doute ou à la critique constructive, et une généralisation à la nullité totale à partir d’un seul incident.

Impressionnant.

De la nullité à l’estime de soi

En réalité, qu’apprend-on en écoutant ce que Clara se dit ?

On pourrait se dire qu’elle a des compétences sociales insuffisantes, et qu’elle n’est pas à la hauteur dans son travail.

C’est bien ce que Clara pense, mais je ne suis pas d’accord.

Certaines informations indiquent le contraire. On y apprend par exemple que son chef lui demande son avis – ce qui veut dire qu’il lui donne de la valeur – on y apprend aussi qu’elle est invitée à des dîners – autrement dit, elle a des amis qui apprécient sa compagnie.

En fait, la seule information importante que l’on peut tirer de ce monologue, c’est que Clara a une estime d’elle-même dans les chaussettes.

Et si vous vous reconnaissez dans ce portrait, vous êtes probablement dans la même situation.

Peut-être que sa remarque en réunion a permis de recadrer le débat ou de lui donner une nouvelle perspective.

Peut-être que ses amis l’apprécient parce qu’elle se comporte de manière authentique, sans se retrancher derrière des conventions et des automatismes. Ou pas. On ne sait pas.

L’estime de soi est en effet capable de se passer totalement de la réalité.

Dans les deux sens d’ailleurs: nous avons tous rencontré des gens persuadés d’être beaucoup plus intelligent que le commun des mortels, alors que ce n’était clairement pas le cas.

Ceux là aussi vivent dans une illusion, mais au moins c’est une illusion confortable…

Qu’est ce que l’estime de soi ?

L’estime de soi est un terme utilisé en psychologie.

En langage courant on utilise plutôt confiance en soi, mais cette dernière ne représente qu’une partie de ce que les psychologues entendent par estime de soi: celle qui est liée à notre confiance en nos capacités.

L’estime de soi inclut aussi une notion de valeur de notre personne: « Indépendamment de ce que je sais faire ou ne pas faire, je mérite qu’on accorde de l’attention à mes besoins », par exemple.

Il y a presque autant de définitions de l’estime de soi que d’auteurs, ce qui me laisse la liberté de vous donner celle qui me parle le plus:

« L’estime de soi a deux composantes: un sentiment de compétence, et un sentiment de valeur personnelle. Autrement dit, l’estime de soi est la somme de la confiance en soi et du respect de soi-même. »

Nathaniel Branden

Pour reprendre l’exemple de Clara, c’est son supposé manque de compétence qui semble lui poser problème: elle se trouve incompétente socialement et professionnellement.

Certains d’entre nous ont plutôt des doutes sur leur valeur personnelle, dans le sens moral. Le message sera alors : « je suis mauvais / égoïste / indigne d’être aimé / indigne de prendre mes besoins en compte ».

Certains d’entre nous ont des problèmes à résoudre dans les deux domaines, hélas.

Comment évaluer son estime de soi ?

Vous pouvez mesurer votre estime de vous-même facilement, avec l‘échelle de l’estime de soi de Rosenberg.

L’échelle de Rosenberg existe depuis 1965.

Elle a été utilisée dans des milliers de situations et de recherches, dans le monde entier.

C’est un test simple, mais à la validité éprouvée. Il suffit d’y répondre avec sincérité (et pas comme on pense qu’il « faudrait » répondre).

Dans cette version en ligne, le score varie entre 0 et 30 (dans d’autres versions il varie entre 10 et 40 mais c’est la même logique).

Un score en dessous de 15 indique une estime de soi faible. C’est certainement là que se situe notre Clara.

Au-dessus de 25 signale une estime de soi forte, et entre les deux, elle est normale – bien sûr plus facile à vivre à 24 qu’à 16.

A mon avis, en dessous de 25, elle mérite d’être travaillée.

Si je me base sur mon exemple, mon monologue interne est rarement critique, et j’ai une perception de ma valeur et de ma compétence plutôt positive. Pour autant, j’ai encore une marge de progression qui me pourrait me rendre la vie plus facile. Je viens de refaire le test et j’obtiens un score de 24.

Un petit mot d’encouragement pour ceux et celles dont le score est faible: l’estime de soi n’est pas gravée dans le marbre. Elle peut s’améliorer:

  • avec l’âge d’abord: le score moyen gagne quelques points entre l’adolescence et l’âge mûr, ce qui peut faire une grande différence dans notre vie. C’est un des domaines où le temps peut jouer en notre faveur.
  • avec le travail sur soi, entre autre une psychothérapie. Pour reprendre mon exemple, je n’ai pas fait le test de Rosenberg à 25 ans, mais je suis certaine qu’il aurait été en dessous de 15, probablement en dessous de 10. Et si en partant de si bas, je suis parvenue à atteindre une estime de moi confortable, alors franchement tout est possible.

Pourquoi l’estime de soi est-elle importante ?

On retrouve le problème d’estime de soi dans les chaussettes dans beaucoup de troubles psychologiques, comme par exemple la dépression, les addictions, ou les troubles alimentaires.

A partir de cette base consensuelle, les chercheurs psychologues sont entrés dans un débat passionnant: où est la poule, et où est l’oeuf ?

Autrement dit, est-ce la dépression qui cause cette estime de soi dans les profondeurs ?

Ou bien est-ce l’estime de soi défaillante qui provoque la dépression ?

Si vous le voulez bien nous allons couper court à ce débat: en fait on s’en moque.

Ce qui est important, c’est qu’il est impossible de vivre sereinement avec une estime de soi raz les pâquerettes, et qu’il est possible de remédier au problème.

Qui peut être heureux, ou même vaguement satisfait, avec des opinions comme celles de Clara qui tournent en boucle dans sa tête, sans cesse, sans qu’il soit possible de s’y soustraire ou de les arrêter ?

Vous imaginez si c’était quelqu’un d’autre que vous, toujours assis à vos côtés, et qui sifflait ces insanités toute la journée dans votre oreille ? Elle serait comment, votre qualité de vie ?

Pas terrible, c’est sûr. Et croyez vous que c’est mieux, si cette personne se trouve en fait à l’intérieur de votre tête? Je ne crois pas non, au contraire.

Le sujet est suffisamment important pour que nous y revenions plus tard, mais en bref: peu de choses peuvent nous rendre la vie aussi misérable qu’une mauvaise estime de nous-mêmes.

Pour commencer, cela enlève toute saveur à nos expériences, même positives.

Illustration: « C’est terrible, elle ne m’aime pas, je savais qu’elle était trop bien pour moi, je suis malheureux, personne ne m’aime… » (option 1).

« C’est terrible, elle dit qu’elle m’aime, mais si elle voyait le vrai moi elle fuirait en voyant que je suis un nul, je suis angoissé, personne ne peut m’aimer vraiment » (option 2).

Vous voyez ce que je veux dire ? Quoi qu’il arrive, c’est l’enfer.

Mais ce n’est pas fini: cette satanée estime de soi a tendance à tout faire pour que la réalité confirme son opinion.

Notre Clara, par exemple, est sans doute tellement stressée dans les situations sociales qu’elle dit effectivement n’importe quoi.

Et avec le fameux syndrome de l’imposteur qu’elle tient, elle ne se met sans doute jamais en avant avec ses idées, ses projets, ses compétences, et les promotions et les augmentations lui passent sans doute sous le nez.

Et tout cela lui confirme, bien sûr, qu’elle est réellement nulle.

Et elle est repartie pour un tour.

La mauvaise estime de soi n’est pas causée par nos « défauts »

Si Clara existait, elle me dirait sans doute que la cause de ses pensées dévalorisantes est claire: c’est parce qu’elle est nulle, en vrai. Juste un reflet de la réalité.

Je dis sans doute, parce qu’avec le niveau d’estime d’elle-même qu’elle a, elle n’oserait peut-être pas me contredire. Mais alors elle le penserait très fort.

En réalité, il existe un secret que tous les psychologues partagent: personne n’est nul et personne n’est mauvais.

Nous avons tous des moments où nous ne sommes pas particulièrement fiers de nous.

Cela fait partie de l’expérience normale d’un être humain.

Nous sommes tous nuls dans certains domaines, c’est normal aussi.

La plupart des gens que nous croisons et qui pensent avoir échoué leur vie de manière spectaculaire ont vécu de tels traumatismes qu’on a envie de leur décerner une médaille juste pour être encore en vie.

Oui, parfois nous ne prenons pas les bonnes décisions. Mais c’était la meilleure décision avec les informations que nous avions à l’époque, et souvent avec un contexte très particulier. Et c’est pareil pour tout le monde.

Les seules exceptions, peut-être, pourraient être les personnes psychopathes ou sociopathes, au sens psychiatrique du terme. Mais je vous assure que vous n’en faites pas partie: ces personnes ne lisent pas les blogs de psychologie.

J’écoutais l’autre jour un psychologue très expérimenté parler des moments les plus gratifiants de son métier.

Une des choses qui lui plait le plus, c’est précisément d’entendre un patient lui confier avec un grand sentiment de honte une chose qu’il a dite, ou pensé, ou fait, et de lui répondre très tranquillement « ah oui ça. Je l’ai fait trois fois la semaine dernière ».

Cela m’a fait beaucoup rire: je me suis reconnue en tant que patiente, et j’ai reconnu ma thérapie. Avec le recul, c’est vrai que je me torturais avec des choses parfaitement ordinaires.

C’est ce que cela fait, une mauvaise estime de soi: cela s’empare de qualités, actions, pensées, partagées par l’humanité entière, et cela les transforme en preuves de nullité absolue ou de crimes capitaux.

Et vécu de l’intérieur cela nous paraît tout à fait normal.

L’estime de soit vient (en grande partie) de notre entourage:

Mais si elle n’est pas le reflet de la réalité, alors d’où vient cette estime de soi ?

Là aussi nous pourrions tomber dans un débat sophistiqué, mais nous pouvons faire plus court: en général, quand nous nous sentons mal, c’est que nous avons été mal traités. Nous sommes dans le fond des êtres assez logiques (et sociaux aussi).

le plus souvent, la base de notre estime de nous remonte à notre enfance, et notre adolescence.

Le rôle de nos parents

Certains d’entre nous ont subi des parents qui ont été on ne plus clairs: nous sommes des bons à rien, c’est à cause de nous qu’ils boivent, que notre père est parti, ou que notre mère est dépressive.

Ce n’est pas le cas général, mais ça arrive.

Nous passons une vingtaine d’années chez nos parents, et nous avons tendance à les croire. Ces répétitions finissent par faire littéralement partie de nous et avoir leur autonomie dans notre tête.

Nous sommes mauvais. Nous sommes nulles. Des victimes nées. Nous attirons les ennuis. Avec notre simple présence, nous provoquons des désastres.

Certains d’entre nous n’ont jamais entendu ces phrases abusives, heureusement. Mais ce qui n’a pas été dit avec des mots peut avoir été dit avec des actes.

Un jour, Garry a réalisé que son père n’était jamais venu le voir dans sa ville, où il vivait depuis une quinzaine d’années avec sa famille.

D’ailleurs, son père ne l’appelais jamais non plus pour avoir de ses nouvelles, c’était toujours Garry qui le faisait.

La légende familiale (faite pour protéger l’illusion d’une famille normale) voulait que le père de Garry « sois comme ça, tu comprends ».

Qu’à cela ne tienne, se dit Garry, je vais aller le voir avec ma famille et faire les 500km qui nous séparent pour passer un moment ensemble. Le père de Garry approuva et ils se mirent d’accord sur une date.

Le jour venu, Garry est arrivé avec femme, enfants et bagages, pour se rendre compte que son père était parti en déplacement dans un autre pays: il fait « oublié » et prévu quelque chose d’autre.

Et ce n’était bien sûr pas la première fois, mais le nième épisode similaire dans leur relation.

Il n’y eut pas un mot prononcé, pourtant, le message du père de Garry a été très clair: pour lui, Garry n’a strictement aucune importance. Il a mieux à faire que le voir, et lui faire faire 500km pour lui poser un lapin n’est pas un problème: il est tellement insignifiant…

Garry en tire l’information suivante: « mon père n’a aucune envie de me parler ou de me voir.

Et si mon propre père n’éprouve aucun plaisir à me voir, me traite comme si j’étais insignifiant, et ne prend même pas la peine d’un politesse élémentaire, alors qu’est ce que cela va être pour les autres ? Cela doit venir de moi. »

Le rôle de l’environnement

Parfois, ce ne sont pas nos parents qui sont à l’origine du problème, ou bien ils ne sont pas les seuls.

Je me rappelle d’une professeure de sciences physiques qui m’a lancé en seconde: « de toutes façons vous ne serez toujours que moyenne en physique ».

Je me suis empressée de lui donner tort: je suis devenue totalement nulle, avec fougue et panache.

Cela ne m’a pas empêchée de vivre ma vie comme je le voulais, mais des décennies plus tard, je m’en rappelle encore. J’ai eu aussi beaucoup d’encouragements d’autres profs, mais je ne m’en rappelle pas.

Il est là, le pouvoir des agressions sur l’estime de soi: c’est une forme de menace et comme toutes les menaces, cela s’inscrit fort, et longtemps, dans la mémoire.

Qu’est ce qui lui a pris de lancer une phrase pareille? C’est une chose de dire « vous avez des résultats moyens dans une matière » et une autre de dire « vous n’aurez jamais autre chose que des résultats moyens »!

Dans un cas c’est une observation, dans l’autre, c’est un jugement sur la personne et ses capacités. Et cela peut être meurtrier pour l’estime de soi. Et mon exemple est presque gentil par rapport aux exemples de phrases assassines que l’on me répète parfois…

Autre exemple, mon fils est châtain aux yeux bleus, et il habite une banlieue parisienne standard. Il circule comme tous les ados, et bien cela ne lui est jamais arrivé qu’on lui demande ses papiers d’identité.

Comparez avec l’expérience d’un jeune qui n’a pas les yeux bleus et qui vit dans une banlieue parisienne sensible, dont la police contrôle l’identité très régulièrement, sans aucune raison particulière.

Cet ado est peut être extrêmement respectueux des lois, très fort au lycée, et attentionné avec sa petite amie. Pourtant, le message qu’il reçoit est qu’on le soupçonne (d’être un immigré clandestin, de chercher les ennuis, de vendre de la drogue, que sais-je).

On ne le considère pas de la même façon que mon fils, puisqu’on ne se conduit pas de la même manière avec lui.

Qu’est ce que cela lui envoie, comme message ? Qu’est ce que cela fait à son estime de lui ?

Notre vie d’adulte

Parfois, le dommage arrive bien plus tard dans notre vie.

Cela peut être un mari ou une femme qui nous dévalorise constamment, avec des mots, des regards.

Là aussi, répétés suffisamment longtemps, avec une régularité implacable, cette dévalorisation finit par faire son chemin sur notre propre opinion de nous-mêmes.

Le dommage peut aussi venir de notre environnement professionnel: quelques mois de harcèlement moral au travail, et notre estime de nous se retrouve en miettes.

Bref, ces atteintes à notre estime de nous peuvent venir de diverses sources, à divers moments de notre vie, et de diverses manières. Pour compliquer le tout, les effets peuvent s’ajouter et provoquer un effet cocktail redoutable.

L’effet le plus redoutable cependant, est qu’une fois que ces dommages ont été provoqués de l’extérieur par des gens violents, nous les intégrons à l’intérieur et ils deviennent autonomes.

Nous finissons par penser que cette voix est la nôtre, et pire encore, la voix de la vérité.

C’est ce qui peut se passer avec les violences sexuelles, mais nous en parlerons plus en détails la semaine prochaine parce qu’elles posent des défis particuliers.

Pour aller plus loin

Dans l’intervalle, je vous propose des exercices pour aller un peu plus loin dans votre connaissance de votre estime de vous si vous le souhaitez.

Attention: ce sont seulement des propositions! Vous avez le droit de les ignorer, d’y penser un peu, ou de prendre plus de temps pour y réfléchir et de coucher vos reflexions dans un carnet très privé.

Quel que soit votre choix, je ne vous donne pas l’autorisation de vous en servir pour vous critiquer et vous trouver nul(e) !

Exercices de la semaine: l’inventaire de l’estime de soi

  • Décrire ce monologue dans votre tête qui vous évalue: est-ce qu’il y en a un, pour commencer ? Est-ce qu’il chuchote, ou est-ce qu’il hurle ? Est-il constant, ou épisodique? Est-il bienveillant, neutre, critique, ou carrément plein de haine? Sur quoi vous félicite-t-il (s’il le fait)? Qu’est ce qu’il critique? Est-ce qu’il vous fait penser à quelqu’un ?
  • Décrire les influences les plus importantes sur votre estime de vous: Quelles sont les personnes qui selon vous ont le plus influé sur l’opinion que vous avez de vous-mêmes? Quels sont les messages que chacune de ces personnes vous a donné sur votre compétence ou votre valeur ? Verbalement, ou avec leur comportement ? Votre estime de vous a-t-elle eu des adversaires et des supporters, ou bien seulement des adversaires ?

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