Des pistes pour guérir des violences sexuelles

Le but de ce blog est d’aider les victimes de violences sexuelles à se reconstruire. Et plus largement, d’aider ceux et celles qui ont été victimes de violences, qu’elles soient physiques, sexuelles ou émotionnelles. Les blessures se ressemblent, et les moyens d’en guérir aussi.

Car elles laissent des traces, même si nous ne les voyons pas toujours comme telles: une estime de soi abîmée, des relations difficiles, une tendance aux addictions ou à la dépression, à l’anxiété, une distance difficile à trouver avec nos émotions (noyés dedans, ou totalement en dehors), une dépendance affective, un stress chronique…la liste peut être longue.

Nous passons parfois des années englué(e)s dans ces symptômes, en pensant que le problème c’est nous. Sans jamais comprendre que ces difficultés viennent de ce qui nous est arrivé, et que nous ne sommes en fait pas différents des autres.

Car c’est la bonne nouvelle : nous sommes de la même étoffe que ceux et celles qui se sentent bien dans leurs baskets. Nous avons vécu des événements difficiles, et nous n’avons pas encore trouvé l’environnement qu’il faut pour récupérer, c’est tout. 

C’est très différent d’être intrinsèquement handicapé, inadapté, ou fragile. Car c’est ce que beaucoup d’entre nous pensent être, tout au fond.

Je sais que cela peut être difficile à croire, mais j’espère qu’une partie de vous résonne avec ce que je dis : vous n’êtes pas un problème. Les conséquences de votre histoire peuvent être un problème, mais ça, ça se répare.

Se reconstruire n’est ni rapide, ni facile, mais c’est possible. Je vous l’assure : j’ai eu à un moment ou un autre tous les problèmes énumérés plus haut. J’ai fait bien plus que m’en remettre, j’ai été capable d’être très heureuse. Cela ne veut pas dire que le passé disparaît sans laisser de traces, mais qu’il est possible de ne plus souffrir de ce passé dans l’instant présent. Avec les bonnes armes et du temps, nous en sommes tous capables.

Sortir du déni collectif

Au moment où j’écris ces lignes en 2021, la parole s’est libérée pour beaucoup d’entre nous dans le sillage du mouvement « me too ». Cette discussion publique et le vent de révolte qui va avec sont très positifs, mais aussi très tardifs.

Le siècle dernier et le début de celui-ci, n’ont pas été tendres avec nous : nous n’étions pas des victimes, d’ailleurs les agressions n’avaient pas eu lieu.

A part, bien sûr, le viol sous la menace d’une arme par un inconnu, si possible avec des traces de coups (car sinon, qu’est ce qui dit que nous n’étions pas d’accord), si possible en journée (car sinon, que faisions nous dans la rue si tard le soir à part chercher des ennuis), et si possible lorsque nous portions une burqa (car sinon, que faisions nous avec une jupe et un décolleté, à part chercher des ennuis). Et seulement, d’ailleurs, va savoir pourquoi, pour les femmes (car les hommes ne peuvent pas être victimes de violences sexuelles bien sûr).

La vérité c’est que les viols par des inconnus existent, mais qu’ils ne représentent qu’une petite partie des agressions. Certaines ne sont pas des viols, et beaucoup ont lieu dans nos familles, nos écoles, chez le médecin, au travail, au sport, ou pendant notre vie sociale – parfois même pendant notre vie religieuse. La violence sexuelle n’est pas partout, mais elle est fréquente et les victimes sont nombreuses. Elle ne victimise pas seulement les femmes. Les agresseurs ne sont pas seulement des hommes. Et c’est seulement maintenant que nous entrevoyons la mesure du problème.

Se battre pour la reconnaissance de l’existence des violences sexuelles, du traitement correct du sujet par les forces de l’ordre et la justice est absolument nécessaire. Lorsqu’on pense qu’il a fallu attendre 2021, pour qu’en France un enfant victime d’inceste n’ai pas à  prouver qu’il n’était pas consentant– ou bien qu’environ 1% seulement des viols commis donnent lieu à des condamnations , les bras nous en tombent.

Les agresseurs sont encore quasiment assurés de leur impunité. Comment est-il possible que nous en soyons encore là ? Comment peut-on se prétendre un état de droit, quand des millions de gens n’ont pas accès à une justice élémentaire ? 

Ce combat est nécessaire, primordial même, et je le soutiens sans réserve. Mais l’objet de ce blog est complémentaire : c’est du travail de reconstruction dont il est question ici, avant tout : Me Too Thérapie. Ce travail reste à faire même une fois que nous avons parlé, même une fois que nous avons obtenu justice, et même si nous n’avons pu faire ni l’un ni l’autre.

Trouver de l’information utile

Sur ce chemin vers la guérison, ce que j’ai ressenti d’abord c’est une grande solitude : pas d’informations disponibles, pas d’aide compétente, pour m’aider à réparer les dommages.

Je n’ai pas baissé les bras, et au cours des années j’ai pu trouver ce dont j’avais besoin, et me rétablir au-delà de mes espérances.

Mais quel temps perdu ! Des années de thérapie avec plusieurs psys, beaucoup, beaucoup de livres lus, un déménagement dans une culture anglophone qui m’a permis un accès à plus de publications, un master en psychologie clinique… Pourquoi tout cela a-t-il été nécessaire ?

C’est que, sans doute à cause du profond déni collectif de l’étendue et de l’impact des violences sexuelles, peu d’entre nous comprennent comment on peut s’en remettre. Et même, comment s’attaquer au problème.  

Voire, qu’il y a besoin de s’attaquer au problème (des conséquences, quelles conséquences ?).

Et quand je dis peu d’entre nous, je parle aussi des psys. Je peux l’affirmer en connaissance de cause : j’ai entamé adulte des études en psychologie clinique qui mènent au titre de psychothérapeute. Le sujet des conséquences psychologiques des violences sexuelles n’a jamais été abordé en cours. Ni celui du traitement d’ailleurs. 

Je peux vous parler de maladies neuro-dégénératives, d’autisme, de trouble bipolaire, d’addictions, de l’activité du cortex pré-frontal et celui du noyau accumbens, de TOC, de troubles de l’attachement et de syndrome post traumatique. Je peux vous parler de beaucoup de choses donc, mais en quatre années d’études (il me manque encore la cinquième pour obtenir le titre de psychologue clinicienne), je n’ai jamais entendu ces mots : violences sexuelles. Je sais que c’est difficile à croire, mais j’ai repris mes livres de cours et je m’en suis assurée.

De source gouvernementale Française, on estime que les violences sexuelles ont concerné au moins 14,5 % des femmes et 3,9 % des hommes (Source : Enquête « VIRAGE », INED, 2016.). Ces chiffres sont basés sur du déclaratif, ce qui veut dire qu’ils n’incluent pas ceux et celles qui ne s’en rappellent pas ou qui sont dans le déni. Ce sont donc au moins cinq millions de personnes en France, dont une grande partie souffre de troubles importants. Pourtant, au cours de mes quatre années de cours de psychologie à l’université, on n’en fait jamais mention. C’est incompréhensible.

Certains des troubles enseignés peuvent être les conséquences de violences: les addictions par exemple, ou le syndrome post traumatique. Mais le lien n’est pas fait. Et c’est bien là le problème. Sans ce lien, nous sommes perdus dans un labyrinthe confus, nous ne nous comprenons pas et nous nous trouvons nul(le)s, et les autres ne nous comprennent pas (heureusement en général ils ne nous trouvent pas nul(le)s pour autant!).

Bien sûr, de nombreux psys sont allés chercher eux-mêmes l’information, et la formation nécessaire pour aider les gens victimes de violences. Certains ont été eux-mêmes victimes et peuvent témoigner du chemin de la guérison. Mais, en France en tout cas, cela ne fait pas toujours pas partie de la formation de base.

Dans quelques dizaines d’années sans doute, nous serons bien loin des balbutiements pour soigner les victimes de violences sexuelles, et de ce déni collectif. Et d’ailleurs, dans les publications et la recherche, nous en sommes déjà assez loin. Mais comme en médecine générale, il faut très longtemps (17 ans en moyenne) entre le moment où notre connaissance avance, et le moment où elle est appliquée dans les politiques publiques, dans les formations et donc dans la pratique du plus grand  nombre. 

Si nous attendons pour nous remettre que ça percole jusqu’au niveau de la formation des médecins et psys, nous risquons de passer de très mauvaises et longues années.

Alors que faire pour se reconstruire après des violences sexuelles ?

J’ai lu beaucoup de livres, et pas mal d’articles de développement personnel pour essayer de m’y retrouver. Certains m’ont aidé, d’autres pas du tout. Parmi ceux qui m’ont fait perdre mon temps, les deux catégories les plus répandues sont celles que j’appelle la psychologie Yaka, et la psychologie des lamentations.

La psychologie « Yaka ».

Par exemple, vous serez heureux d’apprendre que Google pense que pour combattre la dépression, il faut faire quelque chose comme :

  1. « Retrouver une routine bénéfique. …
  2. Se fixer des objectifs accessibles au quotidien. …
  3. Entraîner le corps et l’esprit. » … et ainsi de suite.

Quand je lis ça, l’envie me prend d’aller assommer l’auteur avec une poêle à frire (c’est peut être un objectif accessible au quotidien ?).

Si c’était une question de volonté et d’objectifs, de serait si simple. Cependant (attention spoiler) : ce n’est pas le cas du tout.

Je peux lire ce genre d’article, je peux aussi aller jouer de la mandoline au bord d’une l’autoroute : l’efficacité sera la même.

La psychologie des lamentations

Vous avez peut-être déjà connu cette situation : certains livres ou articles commencent très bien : vous vous y reconnaissez. Vos problèmes apparaissent noir sur blanc, avec une clarté que vous n’avez jamais eue. 

Vous pouvez soudain mettre des mots sur ce que vous ressentez, vous comprenez enfin que vous n’êtes pas seul(e) à souffrir de ces problèmes. Que vous n’êtes pas étrange. Qu’il y a de bonnes raisons pour tout ça.

Mais tout le livre est consacré à la description de problèmes douloureux, et seulement à la fin du livre se trouvent quelques mots sur la solution : pour résoudre tout ça, il faut aller voir un psy. 

Et voilà, fin du livre.

C’est certes moins pire que la psychologie Yaka : au moins il y a des informations utiles. Se comprendre, c’est bien. Aller chercher de l’aide professionnelle quand on a des problèmes, c’est bien aussi. 

Mais cela fait quand même beaucoup de problèmes, et peu de solutions.

L’autre voie

C’est vrai que pour résoudre un souci sérieux, il faut aller chercher de l’aide professionnelle. Et avoir été victime de violences est un souci sérieux. J’ai passé des années à éviter cette vérité, et sans doute que nous en passons tous par là. Mais c’est comme ça, vraiment.

Pour autant, cela ne veut pas dire qu’il faut se jeter dans les bras d’un psy et attendre que ça se passe. C’est mieux que jouer de la mandoline au bord de l’autoroute, mais cela risque d’être long et cher– et puis il y a toujours le risque que ce ou cette psy ne sache pas ce qu’il ou elle fait.

Il y a beaucoup de choses à faire et à comprendre avant, pendant, et après. Comme pour la santé physique, c’est mieux de prendre les choses en main.

Et si l’on n’a pas accès à de l’aide professionnelle, tout ce que l’on peut faire seul(e) est mieux que rien.

Ce blog explore donc les pistes, idées, lectures, exercices, thérapies possibles pour guérir. Il s’appuie sur ma propre expérience : mes difficultés, les leçons apprises en chemin, les années de thérapies, mes très nombreuses lectures, mes moments de révélation (il y en a eu et j’espère que ce n’est pas fini !). Il s’appuie sur l’expériences d’autres, de qui je suis suffisamment proche pour discuter des traumas vécus et du chemin pour en sortir, ou ceux qui ont laissé une trace écrite de leur guérison. 

Il s’appuie aussi sur mes études de psychologue clinicienne, des réflexions laissées par d’autres cliniciens, des articles de recherche et mes débuts devant des patients.

Je n’ai pas la prétention d’être une spécialiste mondiale de la question, mais après quelques décennies d’apprentissage je commence quand même à connaître et comprendre certaines choses. Plus important encore, à les avoir vécues. 

Et l’ambition de ce blog, ce n’est pas seulement de donner l’information. Parce qu’on ne change rien avec de l’information seule, on change les choses avec des actions, en faisant les choses différemment.

J’espère que je vais pouvoir aider certains et certaines d’entre vous. Si c’est le cas, faites le moi savoir : ce sera pour moi une très grande satisfaction.

Un commentaire sur “Des pistes pour guérir des violences sexuelles

Ajouter un commentaire

Laisser un commentaire

Powered by WordPress.com. Thème : Baskerville 2 par Anders Noren.

Retour en haut ↑

%d blogueurs aiment cette page :