Je suis nul(le): la bibliographie

Voici le dernier billet de la série sur l’estime de soi; les billets précédents traitaient de :

Ce dernier billet donne des conseils de livres à lire pour ceux d’entre vous qui souhaiteraient approfondir le sujet.

Les livres à ne pas lire:

Je sais que cela peut paraître étrange, mais je vais commencer par lister ce que je conseille de ne pas lire :

  1. Les livres ou articles académiques sur l’estime de soi

Pendant mes études de psychologie, et en particulier pour la rédaction de mémoire de master sur les liens entre estime de soi et dépendance à l’alcool, j’ai bien sûr lu beaucoup de livres de théoriciens.

Mais ces ressources me semblent surtout utile pour les psychologues cliniciens et les chercheurs. Un extrait pour illustrer:

« Le modèle top down est traditionnellement celui qui a été défendu par le courant humaniste de la psychologie clinique (Rogers, 1951, 1961). C’est également l’approche de Brown et celle de Deci & Ryan, les auteurs de la Théorie de l’auto-détermination (1995). »

Vous voyez ce que je veux dire ? Par construction, les livres de psychologie prennent des raccourcis en s’appuyant sur ce qui a été publié avant. Et leur but n’est pas nécessairement de comprendre comment aller mieux. Il s’agit plus de comprendre tout court, on parle beaucoup théories ici.

Pas très utile pour quelqu’un qui cherche juste à se sentir mieux…

2. La plupart des livres grand public

Ces ouvrages s’adressent…au grand public c’est-à-dire des personnes qui n’ont pas les mêmes soucis que nous, pour la plupart.

Souvent ils ne traitent d’ailleurs pas de l’estime de soi mais de la confiance en soi, qui n’est en somme que la partie « je peux le faire » de la discussion.

Et en général, notre problème n’est pas que nous manquons de confiance en nous. C’est que nous pensons que notre personne entière est une erreur. L’ordre de grandeur n’est pas du tout le même.

En lisant ces livres grand public, et en ne s’y reconnaissant pas, le danger est de nous sentir encore inadapté(e), bizarre, handicapé(e). Cela peut être une confirmation que nous ne sommes pas comme les autres, et pas dans le bon sens.

Et puis les solutions peuvent nous sembler un peu « yaka » même si elles peuvent être tout à fait suffisantes pour un petit problème de confiance en soi.

Pas très utile pour ceux et celles qui ont vécu des traumas…


Enfin comme si cela ne suffisait pas, il existe une difficulté qui tient à la langue : la grande majorité de ce que je lis et de ce que j’écoute est en anglais. Cela tient d’abord à mon histoire : j’ai vécu plusieurs années dans un pays anglophone, et c’est là que j’ai commencé à creuser le sujet.

Aujourd’hui, c’est un choix assumé, je lis surtout des livres en anglais : d’abord parce que l’offre est plus importante et plus pointue, étant donné le nombre beaucoup plus élevé de lecteurs, et de rédacteurs, dans la langue de Shakespeare.

Il y a aussi, à mon avis, un fossé de maturité concernant la compréhension, et le traitement, des problèmes des survivant(e)s de traumas, et en particulier des survivants de violences sexuelles.

Je raconte ici, par exemple, qu’en 4 années d’études universitaires en psychologie (licence et master 1) je n’ai jamais entendu parler des violences sexuelles. Je ne crois pas que cet « oubli » soit possible ailleurs qu’en France – si certains d’entre vous veulent confirmer, ou infirmer, mon hypothèse, je vous invite à laisser un commentaire, c’est intéressant comme discussion.

Mon pays semble avoir un problème particulier avec ce sujet, à mon avis lié à la prédominance persistante, et unique dans le monde, de la psychanalyse vieille école dans la pensée et la formation des psys.

Mais d’un autre côté, les livres ou podcasts en anglais ne sont pas très utiles pour les francophones…


Ma liste est donc toute petite, après cette sélection drastique ; j’espère pouvoir l’allonger avec le temps et au fil de mes lectures. Là aussi, si vous avez des idées pour aider la communauté, je vous invite à citer des livres en commentaire !

Ce livre est un grand classique. Je l’ai eu il y a 25 ans et cela a été une découverte. Je ne dois pas être la seule parce que ce livre s’est vendu à plusieurs millions d’exemplaires.

J’ai été désarçonnée, parce que son point de départ est les difficultés émotionnelles et psychologiques de ceux et celles qui ont une relation avec des alcooliques.

Je n’ai jamais été dans ce cas, pourtant ce qu’elle décrivait me parlait.

Entre-temps, le concept de co-dépendence a été élargi pour décrire les difficultés de ceux d’entre nous qui subissent les désirs et besoins des autres, au point que ces derniers gouvernent notre vie intérieure, et d’ailleurs notre vie tout court.

Et parmi ces personnes que l’on qualifie de co-dépendantes, il y a beaucoup de survivant(e)s de trauma – dont Melody Beattie elle-même qui a été abusée sexuellement enfant.

Donc, pas si étonnant que ce livre nous parle.

« En tant que co-dépendents, nous ne nous aimons tellement pas, que nous pensons coupable de prendre nos besoins en considération (…). Faire passer nos besoins en premier est hors de question. Souvent, nous pensons que nous ne valons quelque chose que lorsque nous prenons soin des autres, donc nous ne savons pas dire non. » (la tentative de traduction est de moi).

Grands classiques également, cette fois concentré sur le thème de l’estime de soi. Nathaniel Branden est une référence dans le domaine.

Ces livres sont à la fois des livres de psychologie – c’est-à-dire qu’ils exposent une vision conceptuelle de l’estime de soi – et des livres de développement personnel avec des activités et conseils, et beaucoup d’exemples.

Le seul bémol que je peux apporter est l’accent qu’il met sur la responsabilité de chacun d’entre nous sur l’état et le devenir de notre estime de nous.

Les survivants de violences sexuelles que nous sommes n’ont pas besoin d’exhortation à prendre plus de responsabilité, à mon avis : nous avons tendance à en prendre beaucoup trop. Mais encore une fois, il n’est pas particulièrement adressé aux victimes de traumas et il traite du cas général.

Ce livre a un côté scolaire, franchement. Les trois premiers quarts ressemblent à une dissertation « l’estime de soi à travers les âges », qui aurait été pondu par un étudiant en psychologie – avec les exemples en plus.

Ce que j’ai apprécié cependant:

  • Le fait que les violences physiques, sexuelles et émotionnelles soient citées dans les causes d’une estime de soi fragilisée – cela ne va pas de soi, malheureusement.
  • Le fait que le terme « d’estime de soi » soit utilisé, dans le titre et dans le texte. L’éditeur de Nathaniel Branden, a traduit « the 6 pillars of self esteem » en « les 6 clés de la confiance en soi » : il a choisi de trahir la pensée de Branden pour faire vendre, en fait. Christophe André et François Lelord ont choisi de rester justes. Merci de ne pas nous prendre pour des imbéciles.
  • Le paragraphe sur le narcissisme, celui sur les dépendances, et celui sur le perfectionnisme avec leurs rapports à l’estime de soi.

Petite précision : j’ai mis un lien vers Amazon pour que vous puissiez avoir plus d’informations sur le livre où que vous soyez dans le monde. Mais je n’ai pas de programme d’affiliation et je ne retire aucun bénéfice d’un achat.

Je me sens nulle, mais je me soigne (3/3)

Dans les deux billets précédents, ici et , nous avons parlé de l’estime de soi, d’où elle vient, son importance, et ce qui s’y passe quand nous avons été victimes de violences.

Ce billet se concentre sur les pistes de solutions pour améliorer son estime de soi, quelle qu’en soit l’origine.

Cette liste n’est pas exhaustive bien sûr, et les solutions présentées ne s’excluent pas mutuellement. Cela dit il faudrait beaucoup de temps et d’énergie pour tout essayer… Le plus sage est sans doute de commencer par ce qui vous parle le plus.

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Je suis nulle (2/3)

Le premier post de cette série sur l’estime de soi explique et explore ce qu’est l’estime de soi, la confiance en soi et le respect de soi.

Ce billet évoque les conséquences des violences sexuelles sur l’estime de soi.

Bien sûr, un problème de confiance en soi peut venir de beaucoup d’autres causes que des agressions dont nous avons été victimes.

A l’inverse, les violences sexuelles ont des conséquences psychologiques nombreuses, et les atteintes à l’estime de soi n’en sont qu’une partie.

Mais ce qui est certain, c’est qu’être exposé à des violences sexuelles, c’est vivre des assauts incroyablement violents sur notre estime de nous; les études montrent cet impact négatif depuis plus de trente ans.

Ce que je sais aussi, c’est que pour fonctionner, nous « oublions » ou en tout cas « enfouissons » beaucoup de choses. Parfois la seule trace de notre drame, la seule chose que nous voyons, c’est notre estime de nous en miettes.

Pour certains d’entre nous cela a été le sommet de l’iceberg, ce qui nous a jeté dans les bras du processus de guérison.

C’est la conséquence la plus visible, et parfois la plus intenable, mais ce n’est qu’une conséquence. Car contempler une estime de soi très basse, c’est comme regarder… une cicatrice. Elle ne sort jamais de nulle part.

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Je suis nulle (1/3)

Voici un extrait du monologue intérieur de Clara : « J’ai été ridicule en réunion. Quand mon chef m’a demandé mon avis, j’ai rougi, bafouillé, et sorti une phrase complètement bizarre.

En plus j’ai dit un truc qui n’avait rien à voir avec le débat. Quand j’y pense je crève de honte.

De toute façons je suis nulle au boulot. je suis toujours perdue, je ne sais jamais quoi faire, et quand je fais quelque chose c’est à moitié.

Je fais illusion parce que je sais tromper mon monde, mais cela ne durera pas éternellement. Il faut que je me réveille, que j’ai l’air plus professionnelle sinon cela va mal se terminer pour moi.

De toutes façons, je suis nulle tout court.

Je suis nulle en société: quand je pense à toutes les fois où je me suis rendue ridicule en dîners, j’ai envie de me cacher.

Je suis toujours à côté de la plaque, ce que je fais est inapproprié, ce que je dis est inapproprié.

Et je ne parle pas de ma vie amoureuse: c’est pire encore. »

Etcetera, etcetera, etcetera, cela continue comme ça toute la journée.

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Des pistes pour guérir des violences sexuelles

Le but de ce blog est d’aider les victimes de violences sexuelles à se reconstruire. Et plus largement, d’aider ceux et celles qui ont été victimes de violences, qu’elles soient physiques, sexuelles ou émotionnelles. Les blessures se ressemblent, et les moyens d’en guérir aussi.

Car elles laissent des traces, même si nous ne les voyons pas toujours comme telles: une estime de soi abîmée, des relations difficiles, une tendance aux addictions ou à la dépression, à l’anxiété, une distance difficile à trouver avec nos émotions (noyés dedans, ou totalement en dehors), une dépendance affective, un stress chronique…la liste peut être longue.

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Ou peut être une nuit…

L’inceste

Je suis en train d’écouter le podcast de Louie Media, Ou peut être une nuit. Ce podcast en six épisodes traite de l’inceste et du silence imposé qui l’entoure. Il est très bien réalisé, très émouvant, et très documenté. Un trésor que je conseille à tous ceux et celles qui se sente concernés par ce sujet – j’en fait définitivement partie. Vous pourrez trouver plus d’informations sur ce podcast sur le site de Causette et celui de Telerama.

Comme Delphine de Vigan dans Rien ne s’oppose à la nuit, Charlotte Pudlowski, qui a réalisé ce podcast, est arrivée au sujet de l’inceste par l’expérience de sa mère. Dans les deux cas on a l’impression d’une fille qui parle, publiquement, de la détresse de sa mère qui elle n’a pas pu en parler. En soi, ce constat est à la fois émouvant et déprimant.

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Les traumas récurrents

J’aime beaucoup le livre que je suis en train de lire, Journey Through Trauma, de Gretchen Schmelzer, malheureusement non traduit en Français. Gretchen Schmelzer est une psychologue américaine spécialisée dans le traitement des traumas récurrents. Pratiquement chaque ligne de ce qu’elle écrit résonne avec mon expérience personnelle.

Les traumas récurrents sont, comme leur nom l’indique, des traumas qui se sont reproduits de nombreuses fois, parfois pendant plusieurs années; on peut donner comme exemple les violences familiales ou les situations de guerre.

Par opposition, les traumas uniques ont été des événements isolés, parfois sur des durées très courtes: une agression, un accident, un attentat. Il suffit de lire des articles dans la presse sur les survivants de l’attaque du Bataclan, pour comprendre que leurs conséquences psychologiques peuvent être dévastatrices.

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D’ou viennent les addictions ?

Si le sujet des addictions vous intéresse, je vous encourage à faire une expérience intéressante: tout d’abord, allez lire l’article sur les addictions de Wikipedia.

Maintenant, essayez d’extraire les causes de l’addiction d’après cet article.

Vous n’avez pas réussi, même en le relisant? Et bien rassurez vous, c’est tout à fait normal.

Vous trouvez bien quelques considérations sur l’héritabilité partielle du trouble identifié sur les vrais jumeaux (mais due à quoi? La génétique? L’épigénétique? L’histoire commune intra-utero ? Mystère).

Quelques considérations sur les neurotransmetteurs – endorphine, qui permet le lien affectif, et dopamine, qui permet le sentiment de satisfaction.

Une pincée de neurologie, parlons donc de ganglion basal, de cortex pre-frontal, et même noyau accumbens.

Et pour finir en beauté, deux trois mots sur Freud et la pulsion de mort.

Mais nulle part, quelque chose qui dit: la cause des addictions se trouve ici.

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